Sandra Sabina

Les risques du tatouage

 

Le tatouage consiste en l’introduction de pigments et de colorants dans la peau afin d’obtenir un dessin permanent. 

Le métier de tatoueur n’est actuellement toujours par reconnu par la loi française. Néanmoins, les tatoueurs sont des artistes ayant acquis un savoir faire technique qui en fait de véritables professionnels du tatouage.
Une charte d’hygiène existe depuis 2003, écrite conjointement par le Syndicat National des Artistes Tatoueurs et des médecins de l’hôpital Rotschild à Paris, elle établit les règles d’hygiène et de stérilisation du matériel.
Par ailleurs, une formation théorique obligatoire à l’hygiène est inscrite depuis peu dans la loi. Le tatouage est réalisé avec un dermographe (une machine à tatouer électrique), des aiguilles à usage unique ou stérilisées et des colorants, pour lesquels la composition doit maintenant être fournie par le fabricant.
Avant de tatouer, le tatoueur inspecte la peau à la recherche de grains de beauté ou de lésions sur lesquels il ne faudra pas tatouer, épile la peau et la désinfecte.
Le matériel utilisé est stérile et à usage unique et le port des gants obligatoire.
Après la séance, une série de recommandations et de conseils est donnée au client qui devra se représenter à distance pour vérifier que le tatouage a bien cicatrisé.

Malgré toutes ces précautions, la réalisation d’un tatouage n’est pas sans risque car la peau n’est pas « faite » pour recevoir des corps étrangers. Le tatouage peut être considéré comme un petit geste « médical » avec une effraction de la barrière cutanée et rupture des petits vaisseaux de la peau. Par la suite, la présence des corps étrangers dans la peau s’accompagne d’une réaction inflammatoire permanente car la peau tente de se débarrasser petit à petit de ces colorants, qu’il considère comme des intrus.

 

Les risques infectieux locaux
Comme nous l’avons écrit plus haut, durant la séance de tatouage, les aiguilles percent la peau et induisent une brèche dans la barrière cutanée. Cette petite plaie qui cicatrisera en quelques semaines peut être la porte d’entrée à des infections bactériennes, notamment à Staphylocoques. Ces infections restent fort heureusement rares et d’évolution favorable en quelques jours dans la grande majorité des cas. En effet, d’un côté, le tatoueur désinfecte régulièrement la peau pendant le geste et pendant la cicatrisation du tatouage, le client se doit de nettoyer à l’eau et au savon plusieurs fois le tatouage et ce dès la fin de la séance. Le savon est un excellent désinfectant qui permet de prévenir une infection cutanée comme une folliculite bactérienne ou des furoncles. Habituellement, les infections sévères à des germes classiques comme le staphylocoque ou des germes atypiques (mycobactéries) surviennent si le tatoueur a travaillé dans des conditions sales, sans hygiène et également si le client n’a pas respecté les soins préconisés par le tatoueur. Enfin, des verrues virales peuvent parfois se retrouver à apparaître sur des tatouages sans que l’on sache réellement pourquoi. Il s’agit probablement de verrues présentes avant le tatouage, mais non visibles à l’oeil nu ou pas reconnues par le tatoueur, et disséminées ensuite sur les tracés du tatouage.

Les risques infectieux viraux
Le tatouage s’accompagne d’un saignement durant la séance avec un risque potentiel de contamination par certains virus transmissibles par le sang comme l’hépatite B, le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et surtout l’hépatite C. Effectivement, des cas d’infections principalement pour l’hépatite C ont été rapportés il y a de nombreuses années après tatouage. La contamination était due à l’absence d’asepsie de la part de tatoueurs qui réutilisaient du matériel ou les mêmes aiguilles sur plusieurs patients sans les stériliser. Actuellement, les tatoueurs « professionnels » utilisent, soit des aiguilles jetables à usage unique, soit du matériel qu’ils stérilisent. Ces précautions rendent actuellement rares les infections par le virus de l’hépatite C. On peut recommander par prudence de faire une sérologie de l’hépatite C 3 mois après un tatouage.

Les réactions allergiques aux encres de tatouages
La plupart des gens qui ont eu une réaction allergique à l'encre de tatouage découvrent qu’elle a été causée par des encres de tatouage rouge et jaune, mais il ne s’agit que de 0,5 % de la population.
Les réactions se caractérisent par un tatouage qui démange, qui gonfle -parfois après exposition solaire- et des lésions plus ou moins importantes et habituellement qui démangent. Le plus souvent une seule couleur est affectée par le phénomène (habituellement le rouge, mais cela est possible pour toutes les autres couleurs).
Ces réactions sont imprévisibles et peuvent arriver dans des délais allant de quelques semaines à plus de 40 ans après le tatouage.
L’obligation de marquer la composition des encres pourrait permettre de limiter ce genre de situation et de mieux conseiller un client en cas d’allergie connue à un composant. Pour le moment, en cas d’allergie pré-existante à une encre de tatouage, il vaut mieux éviter la couleur quelque soit la marque d’encre de tatouage car il peut arriver que des composants communs soient utilisés dans des encres différentes.
Le traitement de ces allergies passe par l’application de corticoïdes locaux. Mais, ces traitements sont décevants car l’encre est toujours présente dans la peau. Le retrait du tatouage par laser ou chirurgie est parfois indispensable.

La plupart des gens qui ont des allergies à l’encre souffrent également d'allergies à d'autres colorants tels que ceux qu'on trouve dans les aliments et les vêtements.
Si vous avez une allergie de la peau à d'autres sortes de colorants, il est bon de demander à votre tatoueur d’effectuer un test de patch pour voir comment vous réagissez, mais ces tests ne sont pas toujours concluants.
Alors que la plupart obtiennent une réaction tout de suite, certains vont développer des rougeurs et une éruption cutanée un mois plus tard et pour certains il peut y avoir aucune éruption cutanée, rougeur ou inflammation de la peau jusqu’à deux ans, c'est une des raisons pour lesquelles un test cutané de la peau n'est pas toujours très révélateur.

Faites un test de patch.
Votre tatoueur devra exécuter le test de patch au moins vingt quatre heures avant de faire votre tatouage. Les tests patch consistent à avoir de l'encre qui sera utilisé pendant le tatouage sur une plaque de peau mise à nue à proximité de l'endroit où le tatouage sera fait. Si vous rencontrez un genre de réaction à l'encre comme une rougeur, inflammation et enflure, ce serait bien de choisir un autre type d'encre.

Faites un test final.
Faites-vous tatouer juste un petit point et surveillez les réactions allergiques de votre peau pendant vingt-quatre heures avant de faire votre tatouage. Une rougeur, une irritation ou une enflure pourrait signifier que vous avez une allergie à l'encre de tatouage.

Les risques liés aux problèmes de peau pré-existants
En pratique, aucun artiste ne tatoue sur une zone de peau présentant des lésions cutanées.
En cas de lésion sur une zone prévue pour un tatouage, il vaut mieux suspendre la séance et consulter un dermatologue pour prendre avis.
Certaines maladies dermatologiques chroniques peuvent se localiser préférentiellement sur des zones de traumatismes comme des tatouages. Il s’agit par exemple du psoriasis, du lichen plan, du lupus cutané, de la sarcoïdose ou du vitiligo. On recommande habituellement aux personnes atteintes de ces maladies, d’éviter de se faire tatouer ou, du moins ne pas de se faire tatouer quand la maladie est active (lésions qui augmentent en nombre et/ou en taille). Tatouer « à côté » de la lésion ne permet en rien de prévenir une éventuelle poussée sur tatouage car ce sont des maladies de la peau dans sa globalité, même celle qui apparaît « saine ».
En cas d’acné, notamment du dos, on recommande d’attendre que le traitement soit efficace et la peau nettoyée avant de faire un tatouage, car les lésions d’acné sont inflammatoires et contiennent certains germes. En revanche, il n’existe pas de contre-indication à tatouer les patients traités mais la cicatrisation du tatouage pourra être plus longue avec certains médicaments anti-acné (rétinoïdes).

Les grains de beauté
Les tatoueurs évitent habituellement de tatouer sur les grains de beauté, laissant un petit « blanc » au niveau du dessin. Si traumatiser un grain de beauté n’est pas un facteur de risque de cancer de peau, le grain de beauté peut néanmoins se modifier, et changer d’aspect dans les semaines qui suivent. Le principe de précaution incite alors à retirer entièrement ce dernier pour l’analyser.
Un tatouage perturbe la surveillance des grains de beauté chez le dermatologue. On conseille donc d’éviter de tatouer sur une zone où il y a beaucoup de grains de beauté, de choisir un motif « aéré » (éviter les aplats noirs larges) et de prendre des couleurs claires. Certaines personnes souffrant du syndrome des naevus atypiques doivent être très prudentes quand elles se font tatouer car la surveillance des grains de beauté peut devenir difficile.

 

 

En tatouage comme ailleurs, savoir différencier inflammation et infection est primordial ! 

L’INFLAMMATION OU L'OEDEME
L’inflammation est une phase obligatoire dans le processus de cicatrisation. Elle dure plus ou moins 3 jours ; durant cette phase, les vaisseaux sanguins se dilatent, permettant ainsi à toutes les substances nécessaires à la réparation de la peau de migrer dans la plaie et d’œuvrer.
Visuellement, le tour de la plaie est rouge et légèrement chaud ; une simple sensation d’irritation apparait et cela va aller en diminuant.
Chez les personnes ayant la peau très sensible et/ou réactive un oedème important peut durer quelques jours, en moyenne 4 jours.

L’INFECTION
Souffrir d'une infection durant les jours qui suivent les sessions de tatouages peut être plus commun que vous ne le pensez et, dans 90% des cas, cette infection sera due à un manque de soins (hygiène) de votre part.
L’infection est une complication liée à un germe qui a profité de l’effraction cutanée pour se frayer un chemin et se développer. Visuellement, le tour de la plaie sera rouge et va s’étendre. Elle peut être gonflée, chaude, douloureuse et suinter. Une infection doit impérativement être éradiquée.
Généralement, ces infections peuvent être traitées avec des soins postérieurs appropriés et, si l'infection perdure et que le médecin vous le conseille, il se peut que vous deviez prendre des antibiotiques.

CONCLUSION
En résumé : l’inflammation, oui, mais l’infection, non !
Ajoutons également que l’inflammation ne dure pas très longtemps et est une phase obligatoire.
Attention cependant : certains produits vont avoir tendance à « l’entretenir » en créant une irritation. Pour cela, nous pensons aux désinfectants de peau contenant de l’alcool… voire à l’excès de zèle par trop de soins. On respecte donc bien les notices et ce, même pour un simple antiseptique !

 

 

Sources :

Dermagazine

Tatouage & partage

Tattooers

Le Frontal